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Spaghetti-western ou western européen ?
Sergio Leone a-t-il inventé le western italien ?
Sergio Leone a-t-il inventé le western italien ?
Non. Il s'en défend lui-même avec vigueur. « Je dois préciser une chose ; beaucoup de gens m'attribuent la paternité du western italien ; ce n'est pas vrai car avant mon film on en avait déjà fait vingt-cinq », « (.) depuis trois ans, ils (=les autres westerns, par rapport à Pour une poignée de dollars ) sortaient dans des petites salles de banlieue (à l'époque, en Italie, il existait les salles de 1 ère , 2 e et 3 e catégorie, et les critiques ne fréquentaient que la première) et personne ne s'en était aperçu, car toute la distribution portait des pseudonymes. On pensait que c'étaient de petits films américains faits pour la télévision.
Ajoutons que l'appellation « western-spaghetti » amusait Leone, même s'il soulignait son côté réducteur : « C'est là (=au moment d' Et pour quelques dollars de plus ) que les Américains lancèrent la dénomination de « western-spaghetti ». Je croyais que c'était ironique et subtil. Il me semblait qu'ils signifiaient que les spaghetti remplaçaient le lasso. Mais ce n'était pas vrai. Cependant, cette appellation n'avait rien de péjoratif. A cette époque, on disait « spaghetti » pour « italien ». (...) Il n'y a là rien de méchant. C'est juste une façon de définir l'origine nationale. Ce sont les Européens qui reprirent ce label de façon critique pour stigmatiser la démarcation d'un genre. C'est idiot. Comme si l'on taxait les films américains sur la Rome antique en les nommant : « Hamburger romain. »
Même si le premier western tourné en Europe signalé par le Dictionnaire du western italien de Ghian Lhassa et Michel Lequeux (éd. Grand Angle, 1983) est d'origine italienne ( Un dollaro di s fida , de Giorgio Simonelli, 1960), ce sont surtout les Allemands qui ont ouvert la voie, avec les aventures de l'Indien Winnetou filmées par Harald Reinl ou Alfred Vohrer. Le Secret du lac d'argent (Harald Reinl, 1962, en coproduction avec la Yougoslavie) inaugure une série de succès dont les acteurs principaux seront le Français Pierre Brice dans le rôle de Winnetou et, en alternance, les Américains Lex Barker (ex-Tarzan) et Stewart Granger (dont le véritable nom était James Stewart, et qui dut paradoxalement prendre un pseudonyme pour éviter la confusion avec le célèbre acteur d'Anthony Mann et d'Hitchcock. qui ne portait pas lui-même son propre nom !). Un film de Rolf Olsen, coproduit avec la France, La Chevauchée vers Santa Cruz , avec Klaus Kinski dans un rôle secondaire, précède en outre le succès du premier western de Sergio Leone, Pour une poignée de dollars. , lequel bénéficiait d'un tout petit budget, alors que ses producteurs avaient en même temps confortablement doté le film de Mario Caiano Le pistole non discutono. Doit-on, en ce cas, parler de « westerns-choucroute » ?
En fait, le western, contrairement aux idées reçues, fait partie intégrante de la culture européenne. Les exploits de Winnetou ont été popularisés dès le début du XXème siècle par les récits de Karl May, tandis que les Italiens ont réservé à la même époque le plus grand succès aux ouvres d'Emilio Salgari, qui n'a pourtant jamais mis les pieds en Amérique. Dans La Scotennatrice (1909), par exemple, il décrit le massacre des Indiens à Sand Creek. Plus encore, la tournée européenne du Wild Wild West Circus de Buffalo Bill a vu les Américains défaits dans un concours de rodéo qui les opposait aux butteri, les gardiens de troupeaux de la Toscane. Et le cinéma lui-même a produit des westerns en Europe dès la Belle Epoque, tandis qu'en décembre 1910 fut présentée au Metropolitan de New York la première de La Fianciulla del West , un opéra de Puccini d'après la pièce de David Belasco. Aujourd'hui encore, le mythe de Winnetou ne s'est pas éteint, et des spectacles donnés à Vienne, en Autriche, le maintiennent bien en vie.
Pour finir, il faut rappeler que les films que l'on a qualifiés de « spaghetti-westerns » étaient en réalité des coproductions, où intervenaient aussi bien l'Italie que l'Allemagne, la France ou l'Espagne, pour ne citer que les principaux pays concernés. Le rêve des grands espaces n'est-il pas commun à l'humanité ? Les Américains ne sont-ils pas eux-mêmes des émigrés européens ? Certains réalisateurs italiens, cependant, prennent leurs distances avec le genre : « Si le western italien est mort de sa belle mort, malgré tant d'années d'existence, c'est parce qu'il ne découle pas d'un fait culturel propre à l'Italie. Le western ne nous appartient pas. » (Carlo Lizzani, auteur d' Un fiume di dollari , 1966, et de Requiescant , 1967, Ghian Lhassa et Michel Lequeux, Des hommes seuls , éd. Grand Angle, 1987, ). « Le western italien ne peut se prendre au sérieux, pour la simple raison que ce genre de films ne nous appartient pas, ne correspond pas à quelque chose d'authentique chez nous.» (Duccio Tessari, réalisateur en particulier d' Un pistolet pour Ringo , 1965, et du Retour de Ringo , 1965, Ghian Lhassa et Michel Lequeux, Dictionnaire du western italien , éd. Grand Angle, 1983, ). A chacun sa sensibilité, en définitive.
Dix ans de succès
Quand Pour une poignée de dollars lance définitivement le western italien en 1964 (nous parlerons dorénavant de « western italien » par pure commodité), rien ne laisse prévoir un tel phénomène. Aux Etats-Unis, le western est moribond, et s'englue dans des considérations psychologiques. John Ford lui-même quitte son optimisme des débuts et souligne la fin des temps légendaires avec L'homme qui tua Liberty Valance (1962) et la mort de la bonne conscience des pionniers avec Les Cheyennes (1964). Sam Peckinpah tourne le baroud d'honneur de deux pistoleros touchés par l'âge dans Coups de feu dans la Sierra (1962). En Italie, le péplum, qui a rempli les salles des quartiers populaires dans les années cinquante, dépérit. Leone, qui a déjà terminé Les derniers jours de Pompéi à la place de Mario Bonnard (1959), et qui s'est plu à se divertir du genre sans en avoir l'air dans Le Colosse de Rhodes (1960), a refusé le projet d'autres films « à l'antique », malgré l'immense succès qu'il vient de remporter, pour consacrer toute son énergie à un vieux rêve que rien, décidément, ne semble favoriser : tourner un western.
Les producteurs eux-mêmes de Pour une poignée de dollars ne croyaient pas au film : une seule copie fut distribuée dans une petite salle de Florence, au mois d'août, et Leone pensait son film condamné avant d'avoir été vu. Le bouche à oreille fonctionna pourtant de manière inattendue, et le film fut l'un des triomphes de l'année. Les budgets dont disposera Leone pour ses films suivants seront sans commune mesure avec celui de ce premier western. Et l'inconnu, le gentil cow-boy d'une série télévisée américaine intitulée Rawhide , transformé en « homme sans nom » impassible et cynique, verra lui aussi son salaire s'envoler : payé 15 000 $ pour Pour poignée de dollars , Clint Eastwood en touchera 250 000 pour Le Bon, la Brute et le Truand . Leone aura même le privilège de pouvoir faire distribuer avec succès aux Etats-Unis sa « trilogie des dollars » ( Pour une poignée de dollars , 1964, Et pour quelques dollars de plus , 1965, Le Bon, la Brute et le Truand , 1966 ) , ce qui assurera à Clint Eastwood le début de carrière que l'on connaît.
Film populaire avant tout, le western italien (ou européen) devient alors un produit de remplacement idéal pour le péplum, et une « marchandise » que l'on crée à la chaîne :
1960 1 film 1964 39 films 75 films 1972 53 films 1976 4 films
1961 5 films 1965 37 films 44 films 1973 25 films
1962 4 films 1966 61 films 30 films 1974 19 films
1963 22 films 1967 56 films 54 films 1975 12 films
(Chiffres fournis par Ghian Lhassa et Michel Lequeux, Dictionnaire du western italien , éd. Grand Angle, 1983).
Il arrive qu'une même équipe tourne jusqu'à quatre films en même temps - rentabilité oblige. Et le nombre des scories est incalculable. ce qui ne doit pas jeter l'opprobre sur le western italien en général : dans les années quarante et cinquante, les Américains ne produisaient-ils pas, eux aussi, des « séries B » ? Les lieux de tournage sont souvent les mêmes : les studios de Cinecittà à Rome pour les intérieurs, le désert d'Alméria en Espagne pour les extérieurs.
Comble du paradoxe, certains acteurs américains viennent poursuivre leur carière en Europe, ou tenter de lui donner une nouvelle vie : Lee Van Cleef, Eli Wallach, James Coburn, Charles Bronson, Telly Savalas, Gordon Mitchell, Gilbert Roland, Jack Palance, Yul Brynner, Chuck Connors, Anthony Quinn, et même James Mason. Des westerns américains sont même tournés en Espagne pour alléger leur budget : c'est le cas des Cent fusils de Tom Gries (1968).
Deux grands films de Leone marquent l'apogée du genre : Il était une fois dans l'Ouest (1968) et Il était une fois la Révolution (1971). Mais un tel engouement ne peut perdurer : bientôt, le western italien se saborde lui-même. Pour rameuter le public, il crée une veine parodique avec les deux Trinita : On l'appelle Trinita (1970) et On continue à l'appeler Trinita (1971), de E.B. Clucher (alias Enzo Barboni), qui offrent un duo comique que l'on retrouvera plus tard dans des films à l'action plus contemporaine : Terence Hill (Mario Girotti) et Bud Spencer (Carlo Pedersoli).
Leone soulignera le choc de deux veines du western italien en produisant Mon nom est Personne de Tonino Valerii (1973), où l'humour débridé de Terence Hill sera contrebalancé par la maîtrise d'Henry Fonda. Ce dernier considérait d'ailleurs Mon nom est Personne comme « l' Orange mécanique du western ».
Le chant du cygne vient en 1976, avec Keoma , d'Enzo G. Castellari, film crépusculaire et désenchanté, où Franco Nero (Keoma) abandonne à la fin un bébé qui vient de naître, marquant par là son refus de s'attendrir, mais aussi sa négation des valeurs familiales, et un désespoir absolu.
Et après ?
Certes, après 1976, il y aura encore quelques westerns. Mais ce ne seront que des excroissances sans lendemain, pour un genre qui semble une parenthèse dans l'histoire du cinéma, avec la révélation d'un cinéaste majeur : Sergio Leone, et de quelques autres, comme Sergio Sollima ou Sergio Corbucci.
En réalité, l'influence du western italien est plus profonde qu'il n'y paraît. D'abord sur le western américain lui-même : la violence s'y étale avec moins de retenue, par exemple dans Les Charognards de Don Medford (1970) ou Big Jake de George Sherman (1971), ou dans les films à la fois pessimistes et pleins de jubilation de Sam Peckinpah. La Horde sauvage (1969) n'aurait sans doute jamais été tournée si Leone n'avait ouvert la voie - et c'est avec un certain humour que Mon nom est Personne nous présente une croix sur une tombe au nom de Sam Peckinpah, et que l'un des airs principaux composés par Ennio Morricone pour ce même film s'intitule L'Amas sauvage . Le réalisme est en outre davantage de mise après les années soixante : les cow-boys sont sales, sentent la sueur et la poussière, et portent la barbe. Bien plus, la mauvaise conscience qui s'empare des Etats-Unis avec la Guerre du Viêtnam crée une relecture du mythe de l'Ouest, entamée, il est vrai, dès les années cinquante avec La Flèche brisée . Les massacres opérés sur les Indiens, déjà évoqués par Les Cheyennes de John Ford, sont soulignés de manière parfois insoutenable par Arthur Penn ( LittleBig Man , 1970) ou Ralph Nelson ( Soldat bleu , 1970). Mais si la foi dans les vertus du pionnier s'efface, que reste-t-il du mythe, de la chanson de geste qui fédérait tout un peuple ? Seuls Kevin Costner ( Danse avec les loups , 1990, Open Range , 2004) et surtout Clint Eastwood ( Josey Wales hors-la-loi , 1976, Impitoyable , 1992) parviendront à attirer encore un public que le nom même de western semble désormais faire fuir ; le remake d' Alamo , produit par Disney en 2003-2004, devient un drame épique. mais demeure un gros échec financier. Eastwood semble bien avoir clos le genre, en unissant John Ford, Donald Siegel et Sergio Leone dans Impitoyable pour une sombre vision des pistoleros et de l'Amérique, dont la légende est fondée sur le mensonge et la violence. A moins qu'un nouveau projet actuellement évoqué pour le même Eastwood ne redonne vie à un genre qui n'en finit pas de fasciner.
Cela posé, même si le western italien, et le western tout court laissent la place à l'évocation des violences urbaines modernes, même si le pistolero est supplanté par le super-héros, le style de Leone continue d'influencer les plus grands réalisateurs actuels : Sam Raimi a tourné en 1994 un western totalement démarqué de son style ( Mort ou vif , avec Sharon Stone, Gene Hackman et Leonardo di Caprio), Martin Scorcese ou John Woo se réclament de lui, et Quentin Tarantino vient de lui rendre, à lui et à tout le western italien, un hommage éclatant dans Kill Bill 1 et 2. Ne négligeons pas enfin la bande dessinée : après Morris, qui a donné un savoureux pastiche du personnage de Lee Van Cleef dans Chasseur de primes , après Gotlib et sa Rubrique-à-brac , le dessinateur belge Swolfs s'est emparé dans les années quatre-vingt du monde de Leone et surtout de Sergio Corbucci pour sa série des Durango.
Même si Sergio Leone n'a pas créé le genre, il en a largement défini les codes - à son cour défendant. Aucun autre réalisateur de westerns italiens n'a trouvé grâce à ses yeux, même Corbucci ou Sollima. « Lorsqu'on me dit : « Père du western italien », moi je réponds : « Père de combien de fils de putes ! » » (Ghian Lhassa et Michel Lequeux, Des hommes seuls , éd. Grand Angle, 1987, p.198). Exagération, peut-être, injustice, sans aucun doute, même si une trentaine ou une quarantaine de films seulement méritent de surnager dans une production souvent médiocre. Trente ou quarante, ce n'est déjà pas si mal.
Le héros sale, cynique, taciturne, le tueur sans scrupule, le bandit mexicain hâbleur et picaresque ou halluciné se trouvent bien définis dans la « trilogie des dollars » de Leone. Et le personnage de « l'homme sans nom » sera récurrent dans les ouvres des autres réalisateurs. Un film ira jusqu'à s'intituler Clint le solitaire (Alfonso Balcazar, 1967) : tout un programme.
L'article sur les westerns de Sergio Leone souligne que le héros italien est souvent plus une fonction qu'un personnage. De nombreux films font intervenir Django, Sartana, Sabata. ou encore Ringo ou Cjamango ! Et plus la série est longue, moins le héros a d'existence et de consistance. Mais il ne faut pas négliger ce qu'il est au départ. Ainsi, Sartana et Sabata, popularisés par Frank Kramer (Gianfranco Parolini) sous les traits de John (Gianni) Garko et Lee Van Cleef ou Yul Brynner sont presque l'incarnation du « malin », tout en usant de « gadgets » propres à James Bond. Leur habileté et leur rapidité au tir, leur don d'ubiquité, leur costume noir (celui de Sabata a été dessiné par Carlo Simi, collaborateur attitré de Leone) font d'eux des émanations de l'Enfer - sans doute inspirées elles-mêmes du mythique Django. Celui-ci, créé par Sergio Corbucci (son nom est un hommage à Django Reinhardt), apparaît pour la première fois à l'écran en tirant péniblement dans la boue un cercueil. Django, plus humain que Sartana ou Sabata, est l'incarnation de la vengeance - motif fréquent dans le western italien, mais qui débouche sur une absence totale d'avenir. Ce motif, présent chez Leone avec le colonel Mortimer (Lee Van Cleef, Et pour quelques dollars de plus ) ou l'Uomo (Charles Bronson, Il était une fois dans l'Ouest ), se renie lui-même : que fera le héros une fois sa vengeance assouvie ? Mourir, sans doute.
Le Christ recrucifié
Mais avant de parvenir à la vengeance. ou d'encaisser les dollars, que de souffrances - morales ou physiques - à endurer ! Le goût pour le sadisme propre au western italien insiste sur les « passages à tabac » : il y en a dans presque tous les films de Leone, le plus douloureux étant celui subi par Tuco (Eli Wallach) dans Le Bon, la Brute et le Truand . Quant à Django, il sera traîné dans la boue au sens propre, humilié, et ses mains seront écrasées. L'effort suprême qu'il fera pour tirer sera aussi torture suprême - mais qui ne sera rien face à celle qu'éprouve Jean-Louis Trintignant dans Le Grand Silence (1968) : l'infâme Pollicut (Luigi Pistilli) lui a tranché les cordes vocales dans son enfance et c'est de façon muette que Silence « hurlera » sa douleur quand on lui brûlera la main, c'est de façon muette qu'il se vengera avant d'être lui-même littéralement exécuté par Tigrero (Klaus Kinski). Un tel nihilisme et une telle violence ont motivé une interdiction aux moins de dix-huit ans à la sortie du film, et provoqué le rejet du public, qui ne supportait pas de voir le héros mourir à la fin - tous éléments qui ont fait de cette ouvre de Corbucci un « film-culte ». Sergio Corbucci revendique d'ailleurs son goût pour la violence : « J'utilise toujours la violence pour faire de l'humour ; j'adore l'humour noir. Et je suis opposé au happy-end ; rappelez-vous la fin du Grand Silence ! Mais j'aime jouer sur les détails qui peuvent amuser les gens. La mort est une chose qui peut être comique. Le maximum de la violence, c'est dans Django , quand on coupe l'oreille du mouchard pour la lui mettre dans la bouche parce qu'il écoute trop et parle trop. Je me suis amusé comme un fou en tournant ces plans. Et puis la vie est violence ; donc on ne peut négliger cet aspect de la vie dans les films. Enfin, la violence est action, c'est l'action pure. N'oublions pas que depuis la naissance du cinéma, quand le clap est fait, le metteur en scène dit : « Action ». Il ne dit jamais : « Parlez ». (Propos rapportés par Noël Simsolo, La Revue du cinéma , n°246, p.76, janvier 1971, et cités par Ghian Lhassa et Michel Lequeux, Dictionnaire du western italien , éd. Grand Angle, 1983, p.53).
Enfin, la figure christique est souvent présente dans le western italien (mais pas dans les films de Leone). Un succédané des aventures de Django s'intitule sans vergogne en français Django porte sa croix (Enzo G. Castellari). Quant à un autre western de Castellari, Keoma (1976), qui constitue le chant du cygne du genre, il montre le héros proprement crucifié par ses frères. Le sadisme ne se sépare pas toujours de la religiosité dans le western italien.
Les dollars ou la mort
Le but des pistoleros dans le western italien est rarement de fonder une famille. Ils veulent surtout s'enrichir - on ne sait pourquoi, finalement. C'est une constante de la « trilogie des dollars » de Leone : l'argent est un but en soi, pas un moyen d'action sur le monde. Pour parvenir aux dollars, il faut tuer, en général le plus possible, sans remord, avec jouissance parfois - souvent - et en offrant un « beau spectacle ». L'examen de quelques titres montre bien ces deux thématiques de la mort et de l'argent, celle de la mort étant privilégiée : Cent mille dollars pour Ringo (Alberto de Martino, 1965), Requiescant (Carlo Lizzani, 1967), Django, prépare ton cercueil (Ferdinando Baldi, 1968), Quand les colts fument. on l'appelle Cimetière (Anthony Ascott, alias Giuliano Carmineo, 1971), Je vais, je tire et je reviens (Enzo G. Castellari, alias Enzo Girolami, 1967), Tuez-les tous et revenez seul (Enzo G. Castellari, 1968), La mort était au rendez-vous (Giulio Petroni, 1967, autres titres Da uomo a uomo ou Death rides a horse ), Le dernier jour de la colère (Tonino Valerii, 1967). Tous ces titres nous éloignent de la noblesse et de la fierté de Winnetou, le héros apache de Karl May.